The Mars Volta - Noctourniquet cover © 2012 Pierre Grandidier. All rights reserved.

Critique de Noctourniquet par The Mars Volta

The Mars Volta est un groupe hors du commun.

Fan de ces maîtres du rock progressif depuis 2005 avec leur second et meilleur album « Frances The Mute », chaque annonce de nouvel album est attendu avec frénésie. Sorti mondialement le 27 mars 2012, les premières écoutes de « Noctourniquet », le dernier des maîtres du rock progressif Mars Volta, m’ont pourtant laissé perplexe. Ce n’est cependant pas une si mauvaise nouvelle puisque mes albums préférés ont souvent été ceux qui ont nécessité temps et persévérance avant de se laisser apprivoiser.

Mais revenons un peu en arrière, six semaines avant la sortie de l’album. Afin de nous mettre en appétit, nous avions pu découvrir en avant-première « The Malkin Jewel », titre de rock bluesy bien sale qui pourrait laisser penser que Omar Rodriguez-Lopez et Cedric Bixler-Zavala auraient passé beaucoup de temps à écouter Nick Cave version The Bad Seeds, ou même plutôt Grinderman. La sauce prend doucement (mais sûrement!) et, après un pont on ne peut plus mélodique, monte au nez (et surtout aux oreilles) pour un final volcano-chaotique. Ce maelström apocalyptique s’arrête brusquement. On reprend notre souffle, et on se rend compte que ce nouveau morceau a réussi à nous procurer en moins de 5 minutes ce que des morceaux fleuves nous avaient fait ressentir sur 10, 20 ou 30 minutes. Encore une fois, The Mars Volta se remettent en question, prennent des risques pour réinventer leur musique. Bien que je sois grand amateur de longues envolées psychédéliques et progressives, je ne vais pas rechigner sur cette nouvelle recette capable de susciter mon émoi plus directement.

 

C’est donc avec cet à priori très positif que j’ai abordé la découverte de l’album complet. Et ça commence bien. Avec « The Whip Hand », du pur punk electro, The Mars Volta sont très loin des influences latines à la Santanna. C’est direct, c’est sauvage, ça nous éclate littéralement à la gueule comme une mine antipersonnel, dixit Cedric Bixler-Zavala « and I’m a landmine! ». Ensuite vient « Aegis » tout en contraste, commençant telle une ballade morbide (très influencée par le son de Radiohead) et se poursuit par des secousses telluriques dans l’esprit de « De-loused in the comatorium », ce qui comble de bonheur les fans de la première heure. « Dyslexicon » enfonce le clou avec pour points forts la rythmique complètement syncopée du nouveau batteur Deantoni Parks et le chant envoûtant de Cedric. « Empty Vessels Make The Loudest Sound », morceau le plus épique de l’album, nous rappelle encore une fois les meilleurs moments de « De-loused in the comatorium », avec la guitare d’Omar criant telle une sirène en plein océan. « Lapochka » nous surprend énormément (sans pour autant nous décevoir), entièrement centré sur le chant au pouvoir mnémonique digne des drogues les plus addictives.

Et pourtant, à partir de là le disque semble s’essouffler. « In Abstentia » tourne autour du pot sans vraiment arriver au but, « Imago » et « Trinkets Pale of Moon » sont 2 sombres ballades plutôt ennuyeuses. Jusqu’à la fin, seuls « Molochwalker » et « Noctourniquet » sont dignes d’intérêt sans pour autant réussir à nous faire oublier ces quelques passages à vide.

J’espère que cet album est une transition vers de nouveaux sommets sans compromis. « Bedlam in Goliath » me déçut beaucoup, mais fut ensuite suivi par le chef d’oeuvre « Octahedron ». J’espère aussi que lors de leur prochain concert, le 04 juillet 2012 à la Rockhal d’Esch-sur-Alzette (Luxembourg), les 5 rescapés de The Mars Volta retrouveront leur ferveur progressive pour des envolées pleines de lyrisme, d’énergie et de psychédélisme dont eux seul ont la recette.


 

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